Rencontre : Stanley Leroux ou le renouveau de la photo animalière

Prophot a le plaisir de vous convier à une Rencontre & Dédicace avec le photographe Stanley Leroux, jeudi 16 mars 2017 de 16h à 20h. Il présentera son livre et sa série Cinquantièmes Hurlants, récompensée par le prix Zoom du Public du Salon de la Photo 2016.

Auteur photographe français de 32 ans, Stanley Leroux parcourt le monde pour réaliser ses photographies. Amoureux des milieux naturels, il s’aventure régulièrement dans des contrées reculées. 

Ses photographies de nature ont fait l’objet de multiples expositions et conférences. Lauréat du prix des Zooms 2016, il a également été nominé au 50ème BBC Wildlife Photographer of the Year.

Aujourd’hui, il nous fait le plaisir de répondre à nos questions sur la genèse et la réalisation des photos fascinantes de Cinquantièmes Hurlants, capturées aux îles Falkland.

Comment est né ce projet aux îles Falkland ?

Tout est parti d’une idée on ne peut plus simple : ces îles jouissent d’une biodiversité incroyable, mais elles sont globalement passées sous silence. Etant plutôt de nature curieuse, j’ai eu le désir d’aller les découvrir par moi-même pour la première fois il y a quatre ans, avant tout porté par ce désir de curiosité, sans soupçonner un seul instant qu’un tel projet photographique verrait le jour.

Votre style évoque un renouveau dans la photographie animalière. Vous bousculez les codes. Comment vous situez-vous dans la longue lignée de photographes animaliers ? Que cherchez vous à exprimer dans cette série ?

Je ne cherche pas réellement à me « situer » par rapport aux autres, mais simplement à m’exprimer photographiquement avec un langage qui me soit propre. Face à un sujet donné, chaque regard sera touché d’une manière différente. Au cours de ce projet, j’ai cherché à comprendre ce qui me touchait particulièrement dans ces îles subantarctiques. Au-delà des oiseaux qui y vivent par millions, j’ai surtout vu cet univers rude, dominé par des éléments puissants, dans un environnement naturel qui m’est apparu comme une grande fresque. Ce sont ces décors, ces atmosphères que j’ai cherché à dépeindre. Malgré la dureté du sujet, j’ai choisi de le montrer avec douceur. Il y a une certaine ambivalence dans ces images, c’est une approche personnelle avant tout.

Vingt mille lieues sous les vagues - série Cinquantièmes Hurlants © Stanley Leroux
Vingt mille lieues sous les vagues – série Cinquantièmes Hurlants © Stanley Leroux

Quel matériel avez-vous utilisé pour les Cinquantièmes Hurlants ?

Toutes les photos du livre ont été prises avec un Canon EOS 5D Mark III, avec alternativement un 70-200mm f/2.8 et un 17-40mm f/4. Huit photos sur les 168 pages ont été réalisées à l’aide d’un flash, le Canon 600 EX RT. Quelques photos ont été réalisées avec l’Extender 1.4x II, et une image a été prise au 400mm f/5.6.

Pouvez-vous nous en dire plus sur les spécificités de la prise de vue en climat polaire ?

Le climat n’est pas encore polaire à ces latitudes, il est tempéré à tendance subantarctique, impliquant des températures modérées mais des vents très puissants notamment avant le réel début de l’été austral. C’est la donnée principale à considérer, qui requiert un équipement adéquat. Lors des jours de tempête, il est parfois difficile de rester immobile pendant de longs moments, or comme dans toute photo de nature, la patience est souvent la clé de la réussite d’une image !

D’argent et d’or - série Cinquantièmes Hurlants © Stanley Leroux
D’argent et d’or – série Cinquantièmes Hurlants © Stanley Leroux

La photo Survivre, capturant des manchots utilisant les vagues pour rejoindre la falaise, est très puissante. Pouvez-vous nous raconter son histoire ?

Les manchots vivent dans des conditions délicates, et cette photographie en est un témoignage. Chaque jour, ils doivent gravir ces falaises de 30m de haut pour regagner leur colonie. Cette photo, prise du haut d’une falaise, est techniquement simple à réaliser, comme la plupart des images de ce livre. Il faut juste être au bon endroit au bon moment, car la scène n’est pas toujours aussi intense que sur cette image. L’espèce de manchot ici dépeinte, le gorfou sauteur subantarctique, est menacée d’extinction à moyen terme.

Survivre - série Cinquantièmes Hurlants © Stanley Leroux
Survivre – série Cinquantièmes Hurlants © Stanley Leroux

Je n’ai pas pu m’empêcher de la mettre en regard avec la photo Prisonnier des mers, montrant un manchot emporté des flots. Est-ce le risque pour les manchots n’arrivant pas à rejoindre la falaise ?

Lorsqu’un manchot ne parvient pas à rejoindre sa colonie à cause de conditions climatiques trop défavorables, le risque n’est à vrai dire pas pour lui mais pour sa progéniture, qui finira par périr en l’absence d’alimentation pendant une durée prolongée. C’est en cela que les éléments et les conditions climatiques dominent réellement la faune à ces latitudes. C’est la puissance des éléments que j’ai cherché à exprimer à travers cette image, qui a nécessité de longues heures de repérage et d’attente.

Prisonnier des mers - série Cinquantièmes Hurlants © Stanley Leroux
Prisonnier des mers – série Cinquantièmes Hurlants © Stanley Leroux

Avec la photo Rois des Ténèbres, utilisée pour couverture du livre, nous avons le sentiment d’observer un groupe de manchots face à son destin. Nous sommes également frappés par la pureté d’un sable à l’allure de glace. Comment avez-vous réalisé ce cliché techniquement ?

C’était une journée extrêmement maussade, qui tendait à virer à la tempête, avec de sombres nuages. La photo en elle-même est simple d’un point de vue technique, elle a été prise sans flash, avec des réglages de vitesse et d’ouverture classiques, et un filtre dégradé pour mettre en exergue l’aspect sombre du ciel. La clé de l’image réside dans le contraste entre le ciel et le sable, blanc comme glace. Pour parvenir à ce résultat au niveau du sol, j’ai dû attendre le bon moment à marée haute, lorsque la plage est lavée de toutes ses impuretés et que le sable devient luisant. De  nouveau, c’est surtout un travail de repérage car toutes les plages n’ont pas un sable aussi blanc. En résulte une image à l’ambiance irréelle, c’était ma volonté initiale. A travers ces images, je cherche davantage à exprimer ce que j’ai ressenti que ce que j’ai vu. 

Rois des Ténèbres - série Cinquantièmes Hurlants © Stanley Leroux
Rois des Ténèbres – série Cinquantièmes Hurlants © Stanley Leroux

Pouvez-vous nous parler du post-traitement effectué sur vos images ?

C’est assez basique, comme de légers ajustements de luminosité ou de contraste, et du recadrage lorsque cela est nécessaire. A mon sens, tout le travail principal intervient en amont du clic sur le déclencheur. Etre au bon endroit au bon moment, observer la lumière, travailler sa composition… Qui plus est, les restrictions de post-traitement sont assez strictes dans les concours internationaux de photo de nature, on vous demande votre RAW original lorsque vous atteignez les phases finales afin de comparer avec la photo soumise. Si vous souhaitez offrir une chance à vos images dans ces concours, alors moins vous faites de post-traitement et mieux vous vous porterez. L’image Rois des Ténèbres a été primée à plusieurs reprises, et nominée au Wildlife Photographer of The Year, d’autres images ont été primées en Belgique et en France, tout cela a contribué au succès du projet.

Ceci étant dit, cela reste un choix personnel. D’autres photographes, dont des très talentueux, effectuent beaucoup de post-traitement et ne participent jamais aux concours, il n’y a pas de règle absolue.

Jour de Tonnerre - série Cinquantièmes Hurlants © Stanley Leroux
Jour de Tonnerre – série Cinquantièmes Hurlants © Stanley Leroux

Vous vous approchez parfois très près de votre sujet. Comment abordez-vous le dilemme d’observer et de rendre compte sans perturber les animaux ? Avez-vous le sentiment d’avoir tissé une relation avec ces groupes de manchots, au fil du temps ?

Ces manchots sont des animaux sauvages avant tout, par conséquent je ne suis pas sûr que eux estimeraient avoir noué une relation avec moi ! D’autant que, si j’ai bien effectué mon travail, alors ma présence a justement été totalement neutre pour eux. Pour réaliser de telles images au grand angle, il faut avant tout connaitre ses sujets : sur les quatre espèces de manchots photographiées dans mon ouvrage, seule une peut être approchée de très près, car elle est de nature curieuse. Pour autant, le travail d’approche est long et doit se faire en délicatesse, car ce sont de petits oiseaux. Parfois, lorsque vous avez été patient, ce sont eux qui viennent à vous pour le dernier pas, jusqu’à venir vous défaire vos lacets, ce qui m’est arrivé une fois. A l’inverse, une autre des quatre espèces peut être approchée, mais pas sans créer alors une nuisance perceptible. J’ai donc choisi de placer une bien plus grande distance entre elle est moi. C’est à nous de nous fixer des limites si on ne veut pas perturber la nature. Pour les espèces que j’ai choisi de photographier de très loin, j’ai composé mes images de façon à donner plus d’importance au décor, afin de « combler le vide », comme pour l’image Crépuscule subantarctique.

Crépuscule Subantartique - série Cinquantièmes Hurlants © Stanley Leroux
Crépuscule Subantartique – série Cinquantièmes Hurlants © Stanley Leroux

Le réchauffement climatique et la destruction de l’environnement menacent ces manchots ainsi que de nombreuses autres espèces. Quel est votre sentiment de photographe à ce sujet ? Votre travail s’en trouve-t-il influencé ?

En effet, cette menace a influencé mon travail, dans le sens où cela m’a incité à me consacrer plus longuement à ces espèces et ces territoires globalement passés sous silence. Faire connaitre le méconnu, cela fait partie de ma démarche.

Pour découvrir plus en profondeur le travail de Stanley Leroux, je vous invite à visiter son site internet, et bien sûr à venir le rencontrer jeudi 16 mars de 16h à 20h dans votre magasin préféré au 103 boulevard Beaumarchais Paris 3ème 😉.

Stanley Leroux - Portrait par © Catherine Oyé
Stanley Leroux – Portrait par © Catherine Oyé
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